Vers une souveraineté stratégique européenne : renforcer la coopération des services de renseignement face aux menaces hybrides
- Centre Européen de Sécurité et Stratégie
- 27 mars
- 2 min de lecture
État des lieux de la coopération européenne en matière de renseignement

L’Union européenne ne dispose pas à ce jour d’un service de renseignement centralisé équivalent à la CIA ou au MI6. Le renseignement reste une compétence souveraine des États membres, ce qui explique la diversité des structures, des cultures opérationnelles, et des niveaux d’expertise. Toutefois, plusieurs initiatives ont vu le jour pour améliorer la coordination, notamment à travers le Club de Berne, le Groupe de coopération en matière de renseignement (INTCEN), et le Centre européen de lutte contre le terrorisme d’Europol.
Le Centre d’analyse du renseignement de l’Union européenne (EU INTCEN), basé à Bruxelles, joue un rôle discret mais essentiel dans le partage d’informations stratégiques entre services. Toutefois, ses capacités restent limitées : il ne collecte pas lui-même d’informations, mais compile celles transmises volontairement par les États. II. Failles et limites de la coordination Les attentats de Paris (2015), de Bruxelles (2016) ou encore de Vienne (2020) ont tous révélé une même fragilité : le manque de fluidité dans les échanges de données entre services.
Le cloisonnement des informations, les réticences politiques à partager des éléments sensibles, les divergences juridiques en matière de protection des données et les rivalités historiques entre certains pays membres ont fortement freiné l’émergence d’une culture du renseignement européenne.
Selon un rapport de la Cour des comptes européenne (2021), moins de 40 % des informations potentiellement pertinentes sont réellement partagées entre États membres via Europol ou d’autres canaux sécurisés.
Intégration stratégique
pistes de renforcement Il devient indispensable d’accélérer l’intégration des structures de renseignement à l’échelle de l’UE. Cela passe par : - La création d’un commandement européen du renseignement rattaché au Haut Représentant pour les Affaires étrangères - Le renforcement des capacités d’analyse autonome d’EU INTCEN avec un budget et un personnel accrus - L’élargissement du mandat d’Europol pour lui permettre un accès plus direct aux données de sécurité nationale - Le développement d’un réseau commun de formation, avec une Académie du renseignement européen - Un mécanisme de supervision démocratique pour garantir l’équilibre entre efficacité sécuritaire et respect des libertés.
Vers une souveraineté informationnelle
L’enjeu des menaces hybrides Les menaces actuelles ne sont plus seulement militaires ou terroristes. Elles sont désormais hybrides : campagnes de désinformation, cyberattaques, corruption d’élites, influence électorale étrangère. Ces menaces ne connaissent ni frontière ni délai. L’Europe, pour y faire face, doit renforcer sa souveraineté informationnelle, notamment face aux stratégies d’ingérence menées par la Russie, la Chine ou certains acteurs non étatiques.
Conclusion stratégique
Le Centre Européen de Sécurité et de Stratégie appelle à une véritable “union du renseignement” qui dépasse la logique de coopération volontaire pour entrer dans une phase d’intégration intelligente, éthique et opérationnelle. La sécurité européenne ne peut rester fragmentée à l’heure où ses ennemis sont agiles, transnationaux et numériques.
Notre Centre plaide pour l’émergence d’un pilier européen du renseignement, structuré, coordonné et démocratiquement supervisé. Il mettra tout en œuvre pour accompagner cette transformation par ses analyses, ses propositions et ses réseaux de réflexion à Bruxelles comme à Paris.
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