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Dépendance technologique américaine : peut-on encore parler de défense européenne ?

Il fut un temps où la défense européenne se pensait en divisions blindées, en escadrons d’avions, en missiles alignés dans un jeu d’équilibre dissuasif. Mais ce temps est révolu. Aujourd’hui, le champ de bataille s’étend bien au-delà du visible. Il se joue dans les lignes de code, les flux de données, les serveurs cloud, les câbles sous-marins, les satellites en orbite, et les algorithmes invisibles qui orientent nos décisions.


Et dans ce théâtre nouveau, l’Europe avance désarmée. Non pas parce qu’elle manque de talents, de ressources ou de volonté. Mais parce que ses outils critiques de souveraineté sont entre les mains d’acteurs extérieurs.     Nous avons accepté, parfois sans le mesurer, une forme de dépendance massive à l’égard des technologies américaines — dans nos systèmes de renseignement, dans nos infrastructures numériques, dans nos outils de commandement militaire.
Nous avons accepté, parfois sans le mesurer, une forme de dépendance massive à l’égard des technologies américaines

Et dans ce théâtre nouveau, l’Europe avance désarmée. Non pas parce qu’elle manque de talents, de ressources ou de volonté. Mais parce que ses outils critiques de souveraineté sont entre les mains d’acteurs extérieurs.


Nous avons accepté, parfois sans le mesurer, une forme de dépendance massive à l’égard des technologies américaines — dans nos systèmes de renseignement, dans nos infrastructures numériques, dans nos outils de commandement militaire.



Une souveraineté stratégique sous influence


92 % des données européennes transitent aujourd’hui par des serveurs hébergés aux États-Unis. Des systèmes aussi sensibles que nos communications diplomatiques ou militaires passent par des clouds commerciaux (Azure, Amazon Web Services, etc.), soumis au Cloud Act, une loi américaine qui permet aux autorités de Washington d’exiger l’accès à n’importe quelle donnée hébergée par une entreprise américaine, même hors sol américain.


Cette dépendance n’est pas théorique. Elle est structurelle. Elle est quotidienne. Et elle expose nos armées, nos services de renseignement, notre démocratie numérique, à une vulnérabilité systémique. Tant que nous ne maîtriserons pas nos propres outils de souveraineté technologique, nous resterons tributaires de la stratégie d’un autre.



Une guerre sans fumée


La guerre moderne ne se déclare plus toujours avec des missiles. Elle infiltre les systèmes, brouille les signaux, manipule les récits. La cyberguerre est devenue une composante essentielle des rapports de force contemporains. Elle peut paralyser des hôpitaux, voler des secrets militaires, semer le doute dans l’opinion publique.


Mais comment mener une guerre cyber si nos propres défenses reposent sur des logiciels conçus à l’étranger, si nos IA sont entraînées sur des bases de données que nous ne contrôlons pas, si nos satellites sont dépendants de constellations privées comme Starlink ? L’Europe est aujourd’hui technologiquement avancée, mais politiquement dépendante.



Une Europe encore trop fragmentée


Certes, des projets existent. Le programme IRIS² pour une constellation satellitaire européenne, GAIA-X pour un cloud souverain, les efforts du Fonds européen de défense, les coopérations PESCO… Mais ils restent lents, sous-financés, entravés par des intérêts nationaux divergents. Il manque une ambition politique commune, un cap assumé, une volonté d’en faire une priorité stratégique.



Un sursaut est possible


Peut-on s’en sortir ? Oui.

Mais cela exige un réveil politique, un effort collectif, et un changement de paradigme.


Il est temps de :

• créer une Alliance technologique européenne de défense,

• investir massivement dans l’IA souveraine, le quantique, les réseaux sécurisés, les plateformes autonomes,

• sortir du statu quo paralysant en matière de cybersécurité et de défense numérique,

• faire de la souveraineté numérique le pilier de notre autonomie stratégique.



L’Europe ne doit plus être une cliente stratégique


Il ne s’agit pas ici d’hostilité envers les États-Unis. Il s’agit de maturité européenne. De lucidité historique. De dignité stratégique. L’Europe ne doit plus être une simple cliente du monde numérique et militaire. Elle doit redevenir une puissance d’équilibre, capable de défendre ses intérêts, ses valeurs, et sa démocratie sans béquilles extérieures.



Une autonomie qui ne s’achète pas


Car l’autonomie ne se négocie pas : elle se construit. Elle se défend. Elle s’assume. Elle est la condition même de notre liberté collective. Et cette liberté ne dépendra pas de nos seules capacités militaires, mais de notre capacité à maîtriser ce que nous pensons, ce que nous disons, ce que nous protégeons.


La souveraineté, aujourd’hui, passe par les câbles, les lignes de code, les satellites et les cerveaux. Et il appartient à l’Europe de redevenir maître de sa pensée stratégique.

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